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vendredi 3 juin 2016

Big Data et Système d’information

Le terme Big Data est à la mode et on a tendance à le mettre à toutes les sauces. Les responsables marketing des éditeurs de logiciels, des sociétés de service et des constructeurs affirment tous être experts en matière de Big Data et proposent des produits Big Data. C’est un bon argument pour vendre des disques, des serveurs, des logiciels de gestion des bases de données, des outils d’analyse statistique, des services de cloud, …. Mais derrière tout ce battage médiatique il y a une réalité qui se développe rapidement et qui va avoir des conséquences importantes dans les années à venir.
Or, le développement du Big Data soulève de nombreuses questions :
·       Est-ce une nouvelle informatique où l’informatique classique recourant à de nouveaux outils ?
·       Assiste-t-on à l’apparition de nouvelles architectures ?
·       Quelles sont leurs relations avec les anciennes structures de données ?
·       Va-t-on assister à une multiplication du nombre de stockages de données ?
·       Est-ce que ces nouveaux systèmes seront confiés à de nouveaux professionnels : les data scientists ?
·       Dans ces conditions quel sera le rôle des informaticiens classiques ?
·       ….
Comme on le voit le Big Data constitue une mutation importante du monde de l’informatique, des systèmes d’information et des services d’information.

Les origines du Big Data

Le développement du Big Data est dû à la conjonction de deux facteurs qui, depuis plus d’une décennie, ont dominés l’évolution de l’informatique et qui expliquent les changements actuellement constatés :
-       La baisse des coûts de stockage sur disque. On a assisté ces dernières années à une chute rapide de leurs coûts. Elle est en grande partie permise par l’augmentation considérable de leur capacité de stockage. En quelques années les capacités des disques 3,5 pouces sont passés de 25 Go autour de l’an 2000 à un To ([1]) à la fin de la décennie et elle est aujourd’hui de 10 To. Ceci fait que le prix du Go stocké est passé en 15 ans de 20 $ à quelques cents ([2]). Malheureusement la vitesse rotationnelle des disques n’a pas augmenté dans les mêmes proportions ce qui fait que le temps de latence pour accéder à une donnée est resté élevé. Heureusement le développement des mémoires SSD (Solid State Drive) règle ce problème avec un temps d’accès à une donnée qui est passé de 10 millisecondes dans le cas des disques durs à moins de 70 microsecondes (soit 0,07 milliseconde) dans le cas des mémoires flash. On est dans un rapport de 1 à 100. Les capacités de stockage de ces systèmes à base de mémoire électronique est passé en quelques années de quelques dizaines de Go par système à 1 To pour un prix stable de l’ordre de 200 $ soit 20 cents le Giga-octets.  
-       L’augmentation de la capacité des bases de données. Pendant longtemps elles étaient limitées à quelques millions d’occurrences. Si on avait besoin de stocker plus d’éléments il fallait segmenter cette base en plusieurs sous-bases. C’était une galère pas possible ! Chaque requête devait être dupliquée en autant de bases existantes et le résultat de chaque base devait être consolidée en un seul ensemble. En 2000, une petite société de service, Seisint, a eu l’idée de développer un ensemble de programmes écrit en C++ capable de gérer des données structurées et non-structurées stockées sur de multiples serveurs et pouvant être traité sur chaque serveur, en parallèle, les requêtes qui leur sont soumises. Cette société fut rachetée en 2004 par LexisNexis qui est un des plus importants éditeurs de bases de données documentaire et juridique mondial qui avait su, dès les années soixante-dix, proposer la recherche dans l’ensemble des textes. La même année Google a repris ces idées afin de mieux répondre à ses besoins de stockage de donnée et a développé une architecture voisine de celle de LexisNexis appelée MapReduce. C’est la base de l’architecture Hadoop qui est en passe de devenir un standard grâce à HDFS ([3]). C’est un logiciel libre développé et diffusé par l’Apache Software Fondation. Cette architecture est reprise par de nombreux produits comme Google FS, BigTable, HBase, Hive, Pig, Phoenix, MapR, …. Elle fonctionne sur le cloud chez les principaux fournisseurs : Cloudera, Amazon dans Elastic MapReduce disponible dans Amazon Web Services, Azure HDInsight, IBM BigInsights for Hadoop, ….
La conjonction de ces deux facteurs explique le développement rapide du Big Data. Il est ainsi possible de constituer des bases de données de taille quasiment illimitée. De plus il est possible d’exploiter l’ensemble de ces données dans des conditions acceptables, notamment grâce à des temps de réponse satisfaisants, grâce au parallélisme des traitements.

Un grand nombre d’applications possibles

Comme on le voit le Big Data c’est d’abord de la plomberie. Mais la possibilité de créer des bases de données de taille illimitée a permis de créer ou de développer d’un grand nombre de nouveaux usages. Ils ont élargi de manière considérable le domaine des possibles :
·       Marketing. C’est le domaine où il y a actuellement le plus grand nombre d’applications notamment dans le domaine de l’analyse des comportements des acheteurs et des prospects en particulier ceux présents sur Internet. Depuis des années Wal-Mart analyse en permanence les tickets de caisse de ses millions d’acheteurs journaliers et ainsi détecte des opportunités. Aujourd’hui le succès de sites comme Amazon, You Tube, Netflix, Spotify, … repose sur l’analyse du comportement de leurs clients et de leurs prospects. Il est ainsi possible de faire des offres ciblées répondant à leurs attentes.
Ces mêmes techniques peuvent être utilisées lors des élections en exploitant des bases de données constituées à partir des listes électorales, des résultats des dernières élections par bureau de vote, des bases de localisation géographique et des bases décrivant les caractéristiques sociales et économiques de ces populations afin de détecter les électeurs tièdes et de leur envoyer des militants pour les inciter à voter. C’est la base des programmes de portes à portes ou de relance téléphonique qui expliquent les succès de Barack Obama et de François Hollande en 2012 et du BJP (Bharatiya Janata Party) en Inde en 2014.
Toutes ces techniques de marketing fin sont à l’opposé du marketing de masse traditionnel. Elles reposent fondamentalement sur le rapprochement de différentes bases de données de très grandes tailles.
·       Analyse des données. C’est le domaine classique des calculs de régression, des analyses en composantes principales, des analyses factorielles multiples, … Mais au lieu de travailler sur des échantillons et des panels avec le risque toujours possible d’erreur d’échantillonnage les statisticiens vont pouvoir travailler sur l’ensemble des données. Dans ces conditions on sera certain des résultats car on analysera l’intégralité de toutes les données. Ceci entraine un développement rapide du vaste domaine du Data Mining qui concerne les données chiffrées mais aussi les textes, les données géographiques, les enregistrements audio, les images, …. Il ne faut pas s’imaginer qu’on va découvrir automatiquement ces choses qu’on ignorait jusque-là. Il n’y a pas de mines d’or cachées. On va simplement mieux connaitre et surtout mieux quantifier des modèles qui jusqu’alors étaient plus ou moins connus.  
·       Développement de nouveaux services. Les plus grands utilisateurs de Big Data sont actuellement les GAFA et notamment Facebook qui stocke 50 milliards de photos sur une base Hadoop. De même Amazon, Google, eBay, You Tube, … mettent en œuvre des bases de données de grandes capacités pour fournir leurs services actuels.
Le Big Data est aussi utilisé par les entreprises de « reciblage publicitaire » comme Criteo. (Pour voir la définition du « reciblagepublicitaire » sur Wikipédia cliquez ici). Cependant pour l’usager moyen un meilleur ciblage des publicités ne se traduit pas forcément par une amélioration des services fournis.
Par contre la possibilité de suggérer aux utilisateurs des recommandations adaptées à leurs goûts et à leurs attentes comme le font déjà You Tube, Netflix, Amazon, LinkedIn, Facebook, iTunes, ... est un progrès. Demain les grands distributeurs, les banques, les assureurs, les compagnies aériennes et les agences de voyages, …. vont pouvoir personnaliser leurs offres en fonction des préférences de leurs clients. Ces démarches ne sont pas réservées au seul secteur commercial. Elles vont aussi être mises en œuvre dans des domaines comme l’éducation où la culture. 
·       Santé. A partir des millions de prescriptions stockées dans les bases de données de la sécurité sociale il est possible de mesurer l’impact des traitements sur la santé des patients. Ceci permet de détecter les traitements dangereux ou inefficaces et de recommander aux médecins ceux ayant montrés leur efficacité.
Il est aussi possible d’effectuer des analyses épidémiologiques fine ou de faire de la médecine prédictive en évaluant les risques concernant des populations déterminées et en identifiant les groupes à risques. Une autre possibilité est d’analyser les génomes de larges populations de façon à identifier les risques de maladies génétiques notamment certains types de cancers. Mais ces possibilités sont actuellement freinées par les réticences du corps médical. 
·       Sécurité. La NSA a construit dans l’Utah une plateforme ayant une capacité de stockage gigantesque. On estime qu’elle serait comprise entre 3 et 12 exaoctets (soit des milliards de gigaoctets) stockés sur 10 000 de serveurs de données (Pour en savoir plus sur l’Utah Data Center surWikipédia cliquez ici). Les données sont ensuite exploitées avec des logiciels type PRISM dont l’existence a été divulguées par  Edward Snowden (Pour en savoir plus sur PRISM cliquez ici) et ainsi de surveiller l’ensemble d’Internet et des communications téléphoniques mondiales. En France, la DGSE, avec des moyens plus limités, a développé le Pôle National de Cryptanalyse et de Décryptement (PNCD).
Grâce au Big Data il est aussi possible de suivre une personne en ville grâce aux milliers de cameras-vidéos qui s’y trouvent et aux possibilités offertes par la reconnaissance des visages. On peut aussi suivre les véhicules automobiles roulant sur les autoroutes et dans les villes et de voir où elles passent grâce à la lecture automatique des plaques minéralogiques.
·       Sciences. Le Large Hadron Collider (LHC) du CERN doit traiter les 600 millions de collisions par seconde qu’il produit pour détecter parmi celles-ci celles qui sont intéressantes.
Dans le domaine astronomique le Sloan Digital Sky Survey collecte automatiquement toutes les nuits les données concernant des millions d’étoiles et de galaxies. En quinze ans il a accumulé des données photométriques et spectroscopiques concernant 500 millions d’objets couvrant environ 35 % du ciel. Son successeur, le Large Synoptique Survey Telecope arrivera en 2020 et permettra de faire un recensement complet de la voie Lactée en 3D. On estime qu’elle comprend entre 100 et 400 milliards d’étoiles.
Comme on le voit le Big Data offre des perspectives considérables et va se traduire par des développements importants dans des domaines qui jusqu’alors souffraient des limites des systèmes existants. Un des facteurs important de généralisation des technologies du Big Data va être, dans les années à venir, le développement de l’Internet des Objets qui va produire des masses considérables de données qu’il faudra bien stocker et traiter quelque part.

Le Big Data à la croisée des chemins

Traditionnellement on considère qu’il existe deux grandes familles de systèmes d’information :
·       Les systèmes d’information opérationnels qui gèrent les commandes, font la comptabilité, établissent la paie, … C’est le domaine traditionnel de la gestion ([4]).
·       Les systèmes d’information décisionnels qui permettent d’effectuer des requêtes, d’établir des tableaux de bord, d’alimenter des modèles de simulation, …
Les systèmes décisionnels sont généralement fournis à partir des systèmes d’information opérationnels par recopie périodique des bases de données. C’est le « copy management ». C’est simple mais un peu lourd en particulier lorsque les bases sont de grandes tailles. De plus très vite les données stockées sur les systèmes décisionnels ne sont plus à jours.
Lorsque les premiers systèmes d’information en mode Big Data sont apparus on s’est retrouvé face à un troisième type de système d’information situé en aval des systèmes d’information opérationnel. On a commencé par les alimenter pour partie par « copy management » comme les systèmes d’information décisionnel et pour le reste à partir par de remontées directes du réseau. Mais est-ce la bonne solution ? Cette multiplication des systèmes d’information qui se recopient les uns sur les autres n’est pas une solution particulièrement performante.

Les inconvénients de la séparation

En effet, la séparation des systèmes d’information en mode Big Data et des systèmes d’information opérationnels et le positionnement des premiers en aval des seconds est une démarche risquée. En effet, entre deux mises à jour on constate très vite une désynchronisation des bases de données. Ceci a pour conséquence de faire apparaître des écarts conséquents lorsqu’on effectue les mêmes consultations sur les bases de données en mode Big Data et sur les systèmes de gestion classique. Or, rien n’est pire que de se retrouver avec deux montants différents pour une même rubrique selon qu’on interroge un système d’information opérationnel ou sa copie décisionnelle. Pire, il n’est pas possible de justifier à cet écart. Même si ce type de situation s’explique parfaitement cela fait désordre.
A cela s’ajoute le fait qu’un grand nombre d’informations arrivent directement dans les bases de données en mode Big Data. Or celles-ci peuvent ensuite avoir un impact sur les bases de données de gestion. Ceci risque de se traduire par des doublons. On risque alors de constater leur existence mais il est toujours très difficile de les identifier et de les neutraliser.
Même difficulté, lorsqu’on modifie ou on supprime des données dans des bases de données en mode Big Data et dans les systèmes d’information opérationnels. On doit veiller à effectuer ces corrections en même temps dans les différentes bases de données. C’est un exercice difficile qui est toujours un peu risqué. La moindre fausse manœuvre risque d’entraîner des désynchronisations difficiles à détecter.
Comme on le voit les risques de perte de données au cours des transferts de données ou de mise à jour de données sont importants. Pire, il est difficile de détecter rapidement ces divergences et même parfois il n’est pas possible de les repérer. Pour cela on va s’efforcer de faire des totalisations significatives puis ensuite chercher à repérer les occurrences fautives et s’efforcer de les corriger. 

Les chemins de la migration

Dans ces conditions il n’est pas raisonnable de gérer trois familles de base de données : les systèmes d’information opérationnels, les systèmes d’information décisionnels et les systèmes d’information en mode Big Data. Il est fort probable que dans les années à venir ils vont progressivement se rapprocher et évoluer vers un seul type de système d’information bâti à partir de la norme de facto Hadoop.
Pour cela on va probablement, dans un premier temps, envisager de fusionner les systèmes d’information décisionnels et les bases de données organiser en mode Big Data. Ce sont les mêmes informations même si parfois celles-ci sont plus agrégées dans les systèmes décisionnels. Jadis on a adopté cette solution reposant des systèmes d’information séparés car les capacités de stockages des systèmes d’aide à la décision étaient alors limitées. Il est probable que cette fusion se fera lentement en fonction des mises à jour des logiciels d’aide à la décision car les systèmes existants sont complexes et lourds à faire évoluer. Cependant cette évolution est probable.
Dans une deuxième étape, on peut envisager qu’il va être possible d’aller plus loin et d’alimenter directement et en temps réel les bases de données en mode Big Data et les systèmes d’information opérationnel. Cette évolution est souhaitable de façon à éviter les divergences entre les systèmes d’information. A terme il est probable qu’au lieu de trois types de systèmes d’information on va arriver à un seul. Par contre cette opération n’est pas évidente à mettre en œuvre. Il va être pour cela nécessaire de disposer d’outils puissants et fiables permettant de saisir et de transférer ces données dans des conditions de sécurité satisfaisantes.
Ces choix d’architecture sont délicats et auront, dans les années à venir, des conséquences importantes. La migration vers le Big Data a commencé à titre expérimentale et va probablement de nombreuses années.

Les conséquences de la fusion des systèmes d’information

Cette évolution va avoir plusieurs conséquences importantes :
·       Augmenter les capacités de stockage des systèmes d’information de gestion. Les grandes entreprises doivent faire face à des volumes croissants de données car on veut stocker de plus en plus d’informations détaillées. Cette contrainte va les inciter à passer en mode Hadoop. A cela s’ajoute le fait que plus les systèmes sont intégrés plus la taille de leurs bases de données est importante. On arrive aux limites des bases de données classiques type SQL. Le recours aux bases Hadoop est une solution intéressante pour gérer les données de gestion. De plus le fait que les bases réparties sont systématiquement redondantes améliore la sécurité de ces systèmes et allège les procédures de « backup ».
·       Répondre à la demande croissante d’enrichissement de l’information de gestion. Les bases de données décisionnelles, lorsque les hypercubes ont un nombre élevé de dimension, arrivent assez vite à saturation. Les bases de données en mode Big Data permettent de gérer un beaucoup plus grand nombre de « cases » et donc des tableaux avec un nombre de dimensions beaucoup plus élevés. Il va ainsi être possible d’améliorer la finesse des calculs de coûts de revient, de mesurer de manière détaillées les différentes activités, de suivre un grand nombre de tâches et de mieux anticiper leurs évolutions, …
·       Améliorer la vitesse de recherche des informations. Ceci concerne la recherche d’une information mais aussi un grand nombre d’occurrences correspondantes à un critère donné. Le fait qu’une base de données est répartie sur plusieurs serveurs et qu’une partie des traitements sont effectués sur place, notamment la gestion des index, permet d’envisager une accélération significative des vitesses de recherche. Les moteurs de recherche et notamment Google montrent les progrès qui ont été réalisés en ce domaine ces dernières années. Il est probable que la vitesse d’exécution des applications de gestion et d’aide à la décision va progresser de manière importante dans les années à venir.
·       Intégrer les systèmes de gestion et ceux chargés de fournir des services. C’est notamment le cas des sites de commerce électronique qui doivent intégrer le front-office (c’est-à-dire la recherche des articles dans le catalogue et la gestion du panier) et le back-office (l’établissement de la facture, la gestion du règlement, le prélèvement sur stock et la livraison). L’intégration s’impose car on utilise dans les deux cas des mêmes bases de données : articles, clients, stocks, ….  
·       Améliorer la qualité des prévisions de gestion et renforcer la planification des opérations. Dans un grand nombre d’entreprises les prévisions sont fragiles. Elles sont souvent effectuées en prolongent les tendances précédemment constatées plus ou moins infléchies. Les analyses statistiques faites à l’aide de bases de données en mode Big Data permettent de détecter des mouvements fins ce qui est utile pour établir des prévisions plus réalistes et donc de mieux « coller » à la réalité.
Comme on le voit le Big Data ne va pas seulement améliorer les capacités d’analyse des données mais aussi impacter les systèmes de gestion existants. Il va aussi se traduire par une amélioration des outils informatiques. Mais, au-delà, ces possibilités vont permettre un élargissement considérable des possibilités offertes par ces systèmes ce qui va, à son tour, avoir un impact certain sur la nature et la multiplicité des applications mises en œuvre.  




[1] - To : Terra octets soit mille milliards d’octets (1.000.000.000.000 octets) soit1.000 Go.
[2] - Le premier système disque a été commercialisé par IBM en 1956. C’était l’IBM 350 RAMAC qui stockait 5 Mo de données sur 50 plateaux de 60 centimètres de diamètre chacun, coûtait 50.000 dollars et pesait une tonne. 
[3] - HDFS : Hadoop Distributed File System. (Voir Hadoop sur Wikipedia). Ce système permet de fractionner les grandes bases de données en blocs importants et les distribuer sur un certain nombre de serveurs organisés pour former un cluster de taille illimitée. Les traitements des données stockées sur un serveur se font sur le même serveur ce qui permet de traiter l'ensemble des données plus rapidement. Ces systèmes de fichiers parallèles où les données sont directement traitées sur le serveur les stockent et dont l’ensemble des serveurs sont reliés par un réseau de grande capacité constituent des systèmes d’une puissance et d’une rapidité sans comparaison possible. Cerise sur le gateau : chaque serveur peut être doublé par un serveur de secours dont les données sont simultanément mises à jour. En cas de panne matériel d’un serveur le système bascule automatiquement sur le serveur de sauvegarde.
[4] - Comme le fait remarquer très justement Christophe Legrenzi : « Traditionnellement les données alimentant les systèmes d’information étaient principalement saisies de manière manuelle. Or aujourd'hui, avec la multiplication des capteurs, des cookies, des saisies sous Web, etc. la majorité de l'information arrivant dans les systèmes d’information est d'origine automatique et non manuelle ce qui démultiplie les volumes. C'est une des raisons de l'origine mais aussi de la popularité du Big Data. On enregistre tout ce qu’il est possible de saisir notamment les informations concernant les clients sans savoir forcément la finalité de ce stockage. C'est pourquoi on constate deux approches différentes : un "Big Data déterministe" où l'on stocke ce que l'on a décidé de garder et un "Big Data exhaustif" où l'on stocke tout au cas où. 

dimanche 15 avril 2012

Economie numérique : les silences de la campagne

La campagne présidentielle domine l’actualité. Elle fait l’essentiel des journaux télévisés et radios, sans compter les journaux. De nombreux sujets sont abordés et font l’objet de prises de positions des candidats comme le déficit des comptes publics, leur redressement, l’euro, la mondialisation, le made in France, l’école, le permis de conduire,… C’est un grand déballage d’idées et de propositions. Mais, il faut bien le constater, l’économie numérique est un des grands absents de la campagne. Personne n’en parle.
Un certain nombre d’acteurs du secteur du numérique comme le Syntec Numérique, le Sfib, l’Afdel (éditeurs de logiciels), le FFT (opérateurs de télécoms), l’Acsel (vente en ligne), l’Apeca (dématerialisation), le Crip (responsable infrastructure et production), l’Eurocloud (éditeurs du cloud), la Fevad (e-commerce), le Forum Atena (télécoms et sécurité), la Renaissance Numérique (think tank), le Snjv (éditeurs de jeux en ligne), et Systematic (pôle de compétitivité) se sont regroupés dans le collectif « Union du Numérique » ([1]) pour rappeler l’importance de l’économie numérique. Ils n’hésitent pas à annoncer quelques chiffres significatifs : le secteur emploie 1,5 million de salariés et ce chiffre a doublé en 15 ans ([2]). De plus la croissance du secteur représente 25 % de la croissance économique globale.
Comme nous l’avons vu dans une précédente chronique (Voir sur ce blog le message du 17 janvier 2012 « Enfin l’INSEE prend en compte l’informatique ») l’INSEE estime que les effectifs de l’économie numérique sont inférieurs de l’ordre de 900.000 personnes et considère que la croissance du secteur est en moyenne période de 0,4 % de PIB soit 20 % de la croissance moyenne. Ceci montre, une fois de plus, que quand on aime on ne compte pas. Malgré ces exagérations il est certain que le dynamisme du secteur des TIC tire la croissance économique globale. De plus ces investissements ont un impact sur le dynamisme du reste de l’économie qui est souvent ignoré.
Lorsqu’on évoque dans la campagne présidentielle l’économie numérique seule deux thèmes apparaissent :
- La loi Hadopi. Certain la défende bec et ongle alors que d’autres rêvent de la supprimer, mais entre nous, c’est un peu un sujet accessoire. L’enjeu est faible et il peut probablement être traité de manière moins répressive,
- Le Très Haut Débit. Il consiste à faire venir la fibre optique jusqu’au domicile de l’utilisateur. C’est une excellente idée mais c’est un investissement considérable évalué à 25 milliards d'euros pour couvrir 50 % du territoire français pour un gain qui reste à démontrer.
Les autres sujets sont ignorés. Est-ce bien l’essentiel des sujets concernant l’économie numérique ? N’y a-t-il pas des thèmes de débats intéressants et des enjeux ? Ne serait-il pas opportun de fixer de nouvelles orientations ? Manifestement il n’y a pas de réponse.
Sœur Anne ne vois-tu rien venir ?
Aucun des dix candidats à la présidence de la république ne propose dans son programme une quelconque mesure concernant l’économie numérique. Tout le monde attend le retour de la croissance mais en oubliant les moyens permettant d’y arriver et notamment les TIC. Ceci est dû à la conjonction de trois facteurs :
- La méconnaissance de l’économie numérique par les candidats mais plus généralement par les politiques et les élites françaises. Ils considèrent que ce sont des sujets techniques qui ne les concernent pas. C’est une véritable faiblesse. Manifestement le rapport Attali (« Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française ») a été oublié, en particulier son chapitre 3 :« les révolutions à ne pas manquer » et spécialement les pages sur« le numérique, passeport de la croissance ».
- L’opinion est peu sensible au thème de l’économie numérique. Il existe pourtant de nombreuses « success story” dans le secteur mais elles sont peu connues. Les entreprises californiennes comme Apple, Google, Amazon,… sont mondialement connues mais on ignore les leaders de la technologie se trouvant en Europe ou en France. Les innovations motrices de la croissance sont exclusivement vues comme américaines alors qu’il existe sous nos yeux de nombreuses mises en œuvre originales et efficaces.
- Les usages quotidiens de l’informatique se sont banalisés. Depuis longtemps, dans la plupart des entreprises françaises les applications informatiques ne font plus rêver. On a le sentiment que les projets mis en œuvre sont nécessaires mais ils ne permettraient pas de dégager les gains spectaculaires qui étaient attendues. Trop peu de projets permettent de créer de la valeur. Mais ce n’est pas exact car de nombreuses applications sont rentables mais il est vrai que ce n’est pas systématiquement le cas.
Les décideurs ayant des idées claires sur l’économie numérique sont assez rares. Ceci explique qu’ils ont du mal à fixer les orientations à mettre en œuvre dans ce domaine. Le faible impact du plan Besson de 2008 et le probable échec du plan Besson 2011 sont dues à la même cause : ils proposent de nombreuses mesures ponctuelles, dont certaines sont intéressantes, mais il y a peu d’orientations globales. Dans les entreprises ce n’est pas mieux. Souvent il n’y a pas de stratégie informatique et quand il y en a une, elle est peu innovatrice.
Quelques axes d’amélioration
Pour améliorer cette situation il est nécessaire convaincre les décideurs de l’importance de l’économie numérique. Pour cela on doit s’attacher à communiquer autour de quelques idées claires et compréhensibles. Ce sont par exemple les cinq orientations suivantes :
1. Faire baisser les coûts des télécommunications. Elles sont notablement plus élevées en France que dans les autres pays développés et explique en partie le médiocre positionnement de notre pays dans le classement NRI, le Networked Readiness Index ([3]), du World Economic Forum de Davos ([4]). Il montre qu’il existe un « gap » important en ce domaine et qui freine le développement de l’économie numérique. Il est certain que la récente offensive de Free Mobile va dans le bon sens mais il y a encore du chemin à parcourir.
2. Améliorer le contexte administratif et réglementaire. Ce terme recouvre de nombreux points différents ([5]) signalés par l’étude du World Economic Forum et qui met en évidence un certain nombre de fragilités structurelles de l’Etat français. Depuis de nombreuses années les entreprises françaises et notamment les PME souffrent de ce contexte lourd et peu efficace. Le défaut de compétitivité de ces entreprises est, en grande partie, dû à ces insuffisances.
3. Inciter les entreprises à investir dans les TIC. L’informatique n’a pas une bonne image. De nombreux dirigeants pensent que c’est un coût sans contrepartie. Ils sont toujours réticents à effectuer des investissements sans contrepartie. Cette situation paradoxale est probablement due au fait que trop de projets ont un impact trop incertain sur la capacité des entreprises à créer de la valeur. Mais c’est surtout dû à leur faible connaissance de l’économie numérique.
4. Formation des décideurs et des managers à la mise en œuvre des TIC. Les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre n’utilisent pas les mêmes termes, les mêmes démarches et les mêmes concepts. Il est indispensable qu’ils parlent le même langage, qu’ils maîtrisent les concepts de gestion de projet, de pilotage de l’activité informatique et plus généralement qu’ils aient une réelle maîtrise des systèmes d’information.
5. Mieux communiquer sur les résultats des TIC. Il existe en France de nombreuses « success story » liées à la mise en œuvre de l’informatique, mais elles sont souvent ignorées. De plus il existe dans le monde de nombreuses applications intéressantes. Pour éviter ce type de situation il serait souhaitable de mieux les faire connaître ces réussites au management des entreprises, aux politiques et aussi au grand public.
Ces axes d’amélioration sont simples. S’ils étaient mis en œuvre ils permettraient de changer l’attitude des décideurs envers l’économie numérique. C’est la base d’un meilleur usage des TIC au profit de la croissance.


[1]- Sur les 13 organismes 9 sont des syndicats professionnels.
[2]- Un doublement en 15 ans correspond à une croissance de 4,7 % par an.
[4]- Ceci concerne les coûts d’installation du téléphone fixe, son coût d’abonnement et le coût des communications mais aussi le tarif de la téléphonie mobile et le tarif de connexion fixe à Internet.
[5]- L’enquête du World Economic Forum de Davos pointe la difficulté d’accès au « venture capital », la faiblesse des pôles de développement, le poids de la régulation administrative sur les entreprises, l’impact du niveau des taxes sur l’incitation à travailler ou à investir, le poids des différentes taxes par rapport au total des profits commerciaux, la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, le taux d’inscription dans l’éducation supérieure, la qualité du système d’éducation, la collaboration université-industrie en matière de R&D,...


mardi 14 février 2012

Un cloud un peu nuageux

Le thème du cloud est à la mode. Selon le Gartner les DSI classent le cloud en tête de leurs préoccupations aux côtés des réseaux sociaux, de la mobilité et de la gestion de l’information. Le Ministère de l’Industrie a mis le cloud au cœur de sa stratégie informatique (voir le Plan France numérique 2012-2020, Bilan etPerspectives, pages 12 et 13, voir ci-dessous) en espérant une baisse des coûts informatiques.


Pour l’instant cela donne lieu à un curieux conflit, dont nous avons le secret, pour se partager un pactole de 135 millions d’euros de fonds publics pour créer un service cloud franco-français avec deux projets concurrents : d’un côté Orange, Thales et la Caisse des Dépôts et de l’autre Dassault Systèmes et SFR.
Le thème du cloud a été récemment relancé par l’Agence Française pour les Investissements Internationaux, AFII, qui a publié une étude évaluant le marché français du cloud à 2 milliards d’euros en 2011 ([1]). C’est un montant considérable. Malheureusement ce chiffre est surement très surestimé Au niveau mondial il serait, selon cet organisme public, de l’ordre de 68,3 milliards de dollars en 2010. Ce chiffre est probablement surestimé. On a additionné des prestations très différentes notamment des services Web, des travaux faits à façon (paie, comptabilité), de l’externalisation de serveurs, du stockage externe de données, de la gestion de réseau… La notion de cloud est floue. Mais il est probable que le marché du cloud en France est plutôt de l’ordre 800 millions d’euros.
Il est d’ailleurs possible que ces calculs ne prennent pas en compte les vraies prestations de cloud fournies aux utilisateurs français comme celles assurées par Salesforce, Google App, Microsoft Azur, Amazon Web Services,…. C’est dommage. D’ailleurs Google, Microsoft, IBM ou Amazon ne publient pas de chiffres sur leurs activités cloud. Il est probable que ceci est dû au fait que les chiffres ne sont pas aussi élevés que ceux qu’ils auraient espérés.
Par contre on connait le chiffre d’affaires mondial du principal acteur du secteur : Salesforce. En 2011 son chiffre d’affaires a été de 1,6 milliards de dollars. Notons que cette entreprise est en pertes depuis plusieurs trimestres. On peut estimer le chiffre d’affaires de Salesforce en France à un montant de l’ordre de 40 millions d’euros ([2]). On est loin des 2 milliards d’euros annoncés.
Ce soudain intérêt de l’administration française pour le cloud computing est en grande partie dû au plan décidé en décembre 2010 par l’administration fédérale américaine. Son objectif est de basculer rapidement et massivement vers le cloud (« 25 point implementation plan to reform federal informationtechnology Management », Vivek Kundra, US Chef Information Officer ([3]).


C’est la stratégie du « Cloud First » dont l’objectif est de permettre aux administrations de fournir aux citoyens américains des services informatiques de bonnes qualités dans de meilleures conditions. De même le recours au cloud pour la messagerie pour l’ensemble de l’administration devrait permettre de faire baisser le coût de cette fonction de 50 %.

Un projet franco-français

En France, on s’intéresse plus à la mise en place de l’infrastructure du cloud qu’aux applications et aux utilisateurs. C’est l’objet du projet Andromède qui dispose d’un budget de 300 millions d’euros ([4]). Le but consiste à créer un cloud situé sur le territoire national de façon à ne plus être obligé de stocker des données sur des serveurs situés à l’autre bout du monde avec tous les risques liés à la distance, notamment les différences de législation, sans évoquer les risques liés au Patriot Act. De plus il y a la préoccupation d’améliorer la sécurité de l’accès aux données et de leur stockage.
Ce projet est basé sur un partenariat public-privé dont Orange est chef de file. L’objectif est de réaliser en 2015 un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros. Il sera installé au Val de Rueil en Normandie. Le centre de traitement de 5.000 mètres carrés est en cours de construction et il sera inauguré en juin prochain.
Parallèlement le Ministère de l’Industrie a lancé différents appels à projets comme le développement d’une plateforme d’ingénierie logiciel orientée cloud (CloudForce), la réalisation d’outils de portage d’application (CloudPort), la mise en œuvre d’infrastructure logicielle haute performance (Magellan), la création d’un cloud communautaire (Nu@ge) et un cloud destiné à l’enseignement supérieur (UnivCloud). Ce dernier projet regroupe 23 établissements de la région parisienne et concerne à terme 500.000 étudiants.   
Mais on ne sait toujours pas quelles seront les applications qui seront mises en œuvre sur ces systèmes informatiques. Or le développement du cloud ne peut se faire sans qu’il existe des applications originales et intéressantes. Est-ce que l’affirmation que les données resteront sur le territoire national sera suffisant pour entrainer un développement aussi rapide ?

Les applications du cloud

Il existe actuellement trois applications qui expliquent le développement du cloud. Ce sont :
·       La messagerie. Un grand nombre d’entreprises gèrent avec difficulté leur serveur de messagerie alors que de nombreux prestataires le font gratuitement ou pour un coût très faible : Google, IBM, Microsoft ; Orange, HP, SFR, ... Il est ainsi possible d’améliorer la qualité de service tout en réduisant significativement les coûts.
·       Le CRM, Customer Relationship Management. Face à des logiciels lourds, complexes et coûteux comme ceux de SAP, d’Oracle (Siebel, Peoplesoft),… Salesforce s’est imposé en misant sur la facilité d’utilisation et l’adaptation du logiciel aux besoins des commerciaux ([5]).
·       Les outils bureautiques comme le traitement de texte, le tableur, les logiciels de présentation, … Au lieu de fonctionner sur un PC à l’aide d’Office ils sont exploités sur des serveurs distants en recourant l’interface du navigateur Internet ce qui permet de réduire le coût des licences. 
Les autres applications jouent un rôle nettement plus marginal. Ce peut être de la paie, de la gestion des ressources humaines, de la comptabilité, la facturation, l’établissement des devis, la gestion de projet, … Ce peuvent aussi être des applications spécifiques à un secteur. Mais elles ne représentent actuellement que des volumes limités.
Il existe à côté de ces applications il existe deux autres possibilités intéressantes :
·       Le stockage de données. A l’origine Amazon a proposé une offre de stockage à prix cassé, le S3 : Simple Storage Service. Le prix est très bas : 0,093 dollars par Go et par mois alors que les concurrents proposent des prestations analogues pour des coûts compris entre 1 et 2 euros par Go et par mois. Cette possibilité est surtout utilisée pour la sauvegarde et l’archivage de données. Par contre il n’est pas raisonnable de les utiliser pour effectuer des traitements. Pour l’instant, c’est un marché de PME. Il est possible que l’arrivée d’Apple sur ce marché avec iCloud peut amener un développement rapide de ce marché.
·       La mise à disposition de serveurs. C’est un marché classique de location de moyens de traitement. On peut l’appeler cloud mais traditionnellement c’est de l’externalisation d’exploitation. L’originalité de cette offre est de proposer des machines virtuelles. Cette solution est intéressante notamment dans le cas du développement de nouveaux services Web pour lequel on a du mal à déterminer le nombre de futurs utilisateurs. C’est l’offre EC2 d’Amazon (Elastic Cloud) qui facture le service à l’heure. La plupart des hébergeurs comme Colt, Orange, SFR, OVH, IBM, HP,… offrent des services analogues sur la base d’un forfait mensuel en fonction de la configuration.
Ces prestations sont assez loin de l’approche classique du cloud. On les distingue en parlant d’IaaS et de PaaS par apposition au SaaS. IaaS c’est l’Infrastructure as a Service et le PaaS c’est la Platform as a Service. Ce sont des formes divers formes d’externalisation qu’il faut distinguer du SaaS : Software as a Service.

L’avenir du cloud

Dans ces conditions on peut s’interroger sur le réalisme de la démarche publique et l’importance donnée au projet Andromède. Investir 300 millions d’euros dans un marché de l’ordre de 900 millions d’euros par an, est-ce vraiment raisonnable ? Ceci explique probablement la tendance de l’administration à surévaluer l’importance du marché.
A l’origine de ce dérapage il y a probablement le plan Besson qui n’hésite pas à affirmer (page 12) que : « La dématérialisation des infrastructures informatiques permise par le cloud computing est porteuse d’enjeux majeurs en termes de simplification des usages et de compétitivité. Le cloud accroît la compétitivité des entreprises, avec une baisse des coûts informatiques estimée de 35 % à 50 %. En outre, il va générer de nouveaux services de logiciels, de plateformes et d’infrastructures à la demande. Le marché mondial du cloud computing atteint d’ores et déjà 5 milliards d’euros, avec une croissance de 35 % par an. »
Ces chiffres ne sont pas sérieux. Que veut dire 5 milliards d’euros alors que le seul marché français est estimé à 2 milliards d’euros. Ces chiffres sont sortis d’un chapeau et ils ne sont là que pour impressionner le lecteur. De plus ces chiffres, quel qu’ils soient, sont dérisoires par rapport au marché mondial de l’informatique qui est estimé par le Gartner à 3.800 milliards de dollars. Ce n’est même pas l’épaisseur du trait mais ces chiffres permettent de justifier l’affirmation péremptoire que : « L’industrie du cloud computing est stratégique pour notre économie numérique ».
Dans ces conditions il est urgent de se mobiliser. Le but de ce type d’affirmation est de faire passer n’importe quel projet, même les plus déraisonnables. Comme notre avenir en dépend il serait déraisonnable de mégoter sur les moyens à mettre en œuvre. Il est ainsi logique de dépenser des sommes considérables au bénéfice d’objectifs incertains.
Pour éviter ce type de gabegie il est nécessaire d’adopter une stratégie claire. Il est évident que le cloud est une opportunité qu’il ne faut pas rater. Mais au lieu de construire des centres de traitements il serait peut-être préférable de s’intéresser aux applications et aux utilisateurs.



[1] - Ce chiffre d’affaires semble un peu fort. IDC évalue le marché français du cloud à 846 millions d’euros tandis que Markess l’estime à 1.661 millions dont 840 millions de SaaS.
[2] - Estimation de l’auteur.
[3] - Vivek Kundra a récemment démissionné de cette fonction pour devenir enseignant à Harvard.
[4] -Ce chiffre est considérable car un centre de traitement comprenant 1.000 serveurs coûte de 4 à 6 millions d’euros.
[5] - Ce système est utilisé par 1,5 million commerciaux dans le monde travaillant dans 54.000 entreprises. Cependant il ne faut pas s’imaginer un système informatique gigantesque. Salesforce utilise un centre de traitement comprenant seulement 1.000 serveurs.